82-0 contre l’Angleterre : le XIII de France n’a pas besoin d’un coupable, il a besoin d’un plan

Laredaction

Huit jours après le 78-4 encaissé face aux Samoa, les Bleus ont pris 82-0 contre l’Angleterre, samedi à Perth. Les appels à la démission du staff fusent déjà. Ils passent à côté de l’essentiel : ce score ne juge pas un sélectionneur, il montre où en est tout le XIII français.

L’essentiel

  • Deux matchs, 160 points encaissés, 4 marqués : les Bleus ne peuvent plus se qualifier et termineront leur Coupe du monde contre le Liban.
  • Avec 82 points d’écart, c’est la plus lourde défaite de l’histoire du XIII de France, devant le 84-4 de Leigh en 2015.
  • Laurent Frayssinous le reconnaît lui-même : l’écart ne se refermera pas sans joueurs français réguliers en NRL.
  • Changer de staff ne changera pas le niveau de compétition que les internationaux affrontent chaque week-end.
  • Les Bleues vivent le même naufrage (0-92 face à la Nouvelle-Zélande) : le problème est structurel, pas générationnel.

Vingt minutes de résistance, puis plus rien

Le début de match avait pourtant de quoi rassurer. Pendant une vingtaine de minutes, la défense française a tenu le 0-0 et obligé les Anglais à chercher la faille. Puis Dom Young a aplati le premier essai à la 23e minute, et tout a cédé. Quatorze essais au total, des triplés pour Herbie Farnworth et Dom Young, treize transformations réussies par Hugo Savala.

Laurent Frayssinous n’a pas cherché d’excuse. Selon lui, ses joueurs n’ont pas manqué d’envie, ils ont manqué de rigueur sur les bases défensives, avec une ligne qui s’est disloquée dès que le premier essai est tombé. C’est le bon diagnostic. On peut tenir vingt minutes avec du cœur. On ne tient pas quatre-vingts minutes sans avoir l’habitude, semaine après semaine, du rythme et de l’impact qu’imposent les meilleures nations.

Ce qui inquiète le plus, c’est la trajectoire.

AfficheCoupe du monde précédente (2022)Coupe du monde 2026
Angleterre – France42-1882-0
Samoa – France62-478-4

En 2022, les Bleus avaient perdu de 24 points contre les Anglais. Quatre ans plus tard, l’écart a plus que triplé. Le XIII de France ne stagne pas : il recule.

Pourquoi faire tomber le sélectionneur ne réglera rien ?

Sur les forums treizistes, la sentence est déjà tombée : Frayssinous et son staff doivent partir. On comprend la colère. Mais il suffit de regarder qui était en face samedi. L’Angleterre alignait des joueurs installés en NRL, le meilleur championnat du monde, à l’image de Herbie Farnworth, centre des Dolphins. La France puisait dans les effectifs des Dragons Catalans, de Toulouse et du Super XIII, un championnat semi-professionnel. Ce n’est pas le même sport, ni à l’entraînement ni le week-end.

Frayssinous l’a dit sans détour après le match : tant que les meilleurs Français ne joueront pas régulièrement en NRL, l’écart avec les grandes nations restera. Un autre entraîneur arriverait avec le même vivier, les mêmes quelques semaines de préparation, le même calendrier international squelettique. Il obtiendrait, à quelques points près, les mêmes scores.

La sélection a d’ailleurs déjà, dans son staff, l’un des meilleurs techniciens de la planète. Trent Robinson, qui vient de remporter son quatrième titre NRL avec les Sydney Roosters, accompagne les Bleus comme directeur du rugby. Si le problème se réglait sur un tableau noir, il serait réglé depuis longtemps.

Le vrai chantier : faire jouer les Français au plus haut niveau

Le XIII français ne manque pas de passion. Il manque d’exposition au très haut niveau. À notre sens, trois chantiers passent avant tout le reste.

  1. Ouvrir la route de l’Australie. Le carnet d’adresses de Trent Robinson est le meilleur atout de la fédération. Placer chaque année deux ou trois jeunes Français dans les structures de formation des clubs NRL coûterait peu et rapporterait beaucoup en dix ans.
  2. Sécuriser les clubs professionnels. Catalans et Toulouse sont les deux seules portes d’entrée vers la Super League. Robinson voit dans l’investissement envisagé par la NRL en Super League une chance de relancer la France. L’idée mérite d’être soutenue, à condition que la France obtienne une vraie place dans les décisions.
  3. Jouer, jouer, jouer. Une sélection qui ne croise les meilleurs qu’une fois tous les quatre ans découvre l’écart au pire moment. Il faut des tests réguliers contre l’Angleterre, les Samoa ou les Tonga entre deux Coupes du monde, même pour perdre.

Le constat vaut aussi chez les femmes. Battues 58-4 par la Papouasie-Nouvelle-Guinée puis 92-0 par la Nouvelle-Zélande ce dimanche à Christchurch, les Bleues traversent le même tournoi que leurs homologues masculins. On ne parle donc pas d’une génération maudite, mais d’un système qui ne produit plus assez de joueurs et de joueuses de haut niveau.

Il faut enfin se souvenir que la France devait accueillir la Coupe du monde 2025. Ce tournoi à domicile devait justement servir d’accélérateur, il ne s’est jamais joué sur notre sol. Ce rendez-vous manqué pèse aujourd’hui sur le terrain.

Après le Liban, la vraie échéance commence

Il reste un match, contre le Liban. Une victoire ferait du bien au moral, elle ne changerait rien au fond. Le vrai test viendra au retour d’Australie : soit les instances font de ce 82-0 le point de départ d’un plan sur huit ou dix ans, soit tout le monde passera à autre chose jusqu’à la prochaine Coupe du monde, et le même article s’écrira dans quatre ans.

Les joueurs qui ont porté le maillot à Perth méritent mieux que des têtes qui tombent. Ils méritent un projet.