Yacine Ben Abdeslem, le pitbull de Pia prêt pour Limoux

Rugby à XIII

Un ascension taillée dans le silence

Il est arrivé sur la pointe des pieds. Sans tambour ni trompette. Yacine Ben Abdeslem, 22 ans, n’a pas eu besoin de se vendre. Il a travaillé, et le terrain a parlé pour lui. À Pia, le talonneur catalan s’est frayé un chemin dans la hiérarchie au fil des semaines, reléguant Eloi Pelissier et Alexandre Huescar dans la rotation pour s’installer définitivement dans le XV de départ. Douze feuilles de match, une moyenne de 33 plaquages par rencontre et 56 minutes de jeu effectif à tout juste 22 ans : les chiffres racontent mieux que n’importe quel discours la trajectoire d’un joueur qui avance à vitesse grand V.

L’entraîneur Benoit Albert ne s’y trompe pas. « Yacine est précieux pour le groupe », dit-il, en soulignant autant l’impact sur le terrain que les qualités humaines du joueur. « Des valeurs de travail et d’humilité qui sont essentielles. » Un double éloge qui résume bien le personnage : un ferrailleur pur et dur derrière un calme trompeur, un pitbull dont la rage se manifeste dans chaque duel.

Le détour australien qui l’a forgé

Avant de poser ses crampons à Pia, Ben Abdeslem avait un rêve : intégrer les Dragons Catalans. Une pré-saison de Super League plus tard, la réalité s’impose. Il ne fait pas partie des plans. Plutôt que de ruminer, il prend le large. Direction Toowoomba, à 130 kilomètres de Brisbane, en plein Queensland, pour évoluer sous les couleurs des Western Clydesdales en Queensland Cup. C’est Justin Murphy qui lui ouvre la porte, Pierre Vendôme prenant le relais pour finaliser l’aventure.

Neuf matchs dans les conditions australiennes, et une leçon de rugby absorbée à la vitesse de l’éclair. « Les gabarits sont différents, le jeu est beaucoup plus rapide. C’est au-dessus du Super XIII. J’ai été impressionné par la capacité d’enchaînement des joueurs qui ne sont pas professionnels », confie-t-il, convaincu que la compétition française aurait tout à gagner à s’inspirer de ce modèle. Un séjour formateur qui a visiblement huilé ses automatismes et renforcé sa lecture du jeu.

La demi-finale, premier grand rendez-vous

Dimanche, à 15h30, les Baroudeurs de Pia accueillent Limoux pour une demi-finale de Super XIII qui s’annonce âpre. En face, un pack solide et deux talonneurs qui dominent le championnat. Benoit Albert prévient sans détour : « Il devra faire face à un gros défi contre un pack très solide et deux talonneurs qui dominent le championnat. » Un avertissement qui ressemble aussi à un signe de confiance : on ne dit pas cela d’un joueur auquel on ne fait pas confiance.

Pour Ben Abdeslem, ce choc arrive au meilleur moment de sa saison. Quelques jours plus tôt, il participait au rassemblement du XIII de France à Saleilles dans la perspective de la Coupe du monde en Australie prévue en octobre prochain. Après une tournée au Kenya avec les Bleus en décembre 2023, l’horizon international se dessine clairement. « Ce serait un privilège de porter les couleurs de mon pays. Certains se sont battus pour qu’on puisse jouer à XIII », glisse-t-il, avec la lucidité de quelqu’un qui mesure le chemin parcouru.

Mais avant la Coupe du monde, avant les rêves tricolores, il y a Limoux. Et une place en finale à aller chercher. Le pitbull a faim.

Sources : L'Indépendant XIII