Sport amateur : la violence des tribunes, un fléau qui ne faiblit pas

Rugby à XIII

Un trait rouge pour dire stop

Un geste simple, un symbole fort. Depuis le début du mois de mai 2026, des centaines de jeunes sportifs ariégeois arborent un trait rouge sous les yeux ou sur la joue. Ce signe de ralliement est au cœur de l’opération “Tirons un trait sur la violence”, reconduite et amplifiée cette année par le Comité départemental olympique et sportif de l’Ariège (CDOS).

Après une première édition en 2025 impliquant cinq ligues, trente-huit districts et près de trois cents clubs autour du football, l’initiative s’étend désormais à toutes les disciplines, sur l’ensemble du mois. L’objectif affiché : faire de chaque rencontre sportive un espace de dignité et de respect, quel que soit le niveau de compétition.

Cyril Balondrade, agent de développement au CDOS, a pris en charge la mobilisation des clubs du département : “Personne n’est obligé d’y participer, c’est sur la base du volontariat. C’est avant tout une opération de sensibilisation qui nous permet d’aller sur le terrain, au contact des acteurs du sport.” C’est lors du tournoi des Pitchouns, organisé à Saint-Girons, que le lancement concret a eu lieu. Un événement révélateur : en France, 63 000 plateaux de ce type sont organisés chaque année, touchant jusqu’à quatre millions d’enfants.

L’entourage, premier problème identifié

Sur le fond, le diagnostic posé par les acteurs de terrain est unanime et préoccupant. La violence n’est plus seulement le fait des joueurs : elle vient surtout des gradins et des bords de terrain. Jean-René Beaubouchez, arbitre et éducateur, résume la situation sans détour : “Au bord des terrains, c’est de plus en plus compliqué. Aujourd’hui, c’est l’entourage qui pose le plus de problèmes. Il faut beaucoup d’investissement, du haut en bas de l’échelle.”

Gérard Gonzalez, président du district de football de l’Ariège, confirme l’ampleur du phénomène dans sa discipline : “Il faut faire sans cesse des piqûres de rappel. Nous avons de nombreux dossiers d’incivilités en cours. Il faut faire redescendre la tension des parents. Aujourd’hui, on ne peut plus fermer les yeux.”

Julien Perin, éducateur des U9 de Comminges Saint-Gaudens, pointe lui aussi la pression exercée par les adultes : “C’est de plus en plus dur avec les parents. Ils mettent la pression sur les gamins et sur les éducateurs.” Une pression qui dépasse le simple cadre sportif et qui rejaillit directement sur les plus jeunes.

Éduquer, répéter, persévérer

Face à ce constat, les éducateurs s’accordent sur une seule méthode : la répétition et la pédagogie au long cours. Laurent Audrey, éducateur des U17 et U19 de BALE (Basse Ariège Lauragais Entente), explique : “C’est une notion parfois compliquée à faire passer. On peut entendre des propos malsains ; il faut donc beaucoup de répétition avec les jeunes.”

Jean Taïder, éducateur U9 à Saint-Jean, souligne pour sa part la réceptivité des enfants, à condition d’employer les bons mots : “On fait un peu comme à l’école : on les éduque pour qu’ils deviennent de bonnes personnes. Aujourd’hui, le plus complexe reste l’entourage. Il faut s’adapter.”

Sur le terrain lors du tournoi des Pitchouns, l’accueil de l’opération a été globalement enthousiaste. Les jeunes sportifs, maquillage symbolique sur le visage, ont joué le jeu avec bonne humeur. “On va au bal masqué !”, a lancé l’un d’eux en souriant. Un ton léger pour un enjeu qui, lui, est tout sauf anodin.

Sources : La Dépêche XIII