Kevin Proctor KO à Dubaï : quand le “run it straight” vire au cauchemar

Rugby à XIII

Le week-end dernier, les réseaux sociaux ont tremblé devant des images difficilement soutenables. Kevin Proctor, 283 matchs de NRL au compteur et 22 sélections avec les Kiwis, gisait inconscient sur le sol dur de Dubaï. Face à lui lors de ce duel de “run it straight”, l’influenceur et ancien joueur Jordan Simi venait de remporter un affrontement dont le principe fait froid dans le dos : deux hommes lancés à pleine vitesse l’un vers l’autre, ballon en main, sans possibilité d’esquive. Du rugby à XIII amputé de toute sa subtilité tactique, réduit à sa plus brutale expression.

À 36 ans, l’ancien pensionnaire des Storm et des Gold Coast Titans a rapidement voulu calmer les inquiétudes. Sur Instagram, il a assumé sa responsabilité dans l’incident, évoquant un mauvais placement de tête qui lui a coûté cher. Photographié souriant aux côtés de Simi dans l’avion du retour, le Néo-Zélandais a fait preuve d’un fair-play remarquable, saluant son adversaire et les organisateurs du RUNIT League. Cette attitude chevaleresque ne doit pourtant pas occulter les dangers inhérents à cette pratique.

Car derrière le spectacle viral se cache une réalité bien plus sombre. Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme face aux risques majeurs de commotions cérébrales. Et leurs craintes ne relèvent pas de la théorie : un jeune homme de 19 ans, Ryan Satterthwaite, a perdu la vie en Nouvelle-Zélande après s’être blessé gravement lors d’un défi amateur inspiré de cette discipline. Des noms ronflants comme George Burgess ou Nemani Nadolo ont beau cautionner ces événements par leur présence, la question demeure : jusqu’où ira cette course à l’audience ?

Proctor incarne à lui seul les paradoxes du rugby à XIII moderne. Champion avec Melbourne, respecté pour sa puissance et son engagement sur le terrain, il traîne également un passif disciplinaire conséquent. Son licenciement en 2022 après avoir été filmé en train de vapoter dans les toilettes du stade en plein match reste dans les mémoires, tout comme sa suspension pour consommation de cocaïne en 2017 ou son geste de morsure sur Shaun Johnson sanctionné de quatre matchs. Ce guerrier du rectangle vert semble chercher ailleurs les montées d’adrénaline que la compétition officielle ne lui procure plus. À quel prix pour sa santé ? Les organisateurs du RUNIT appellent à ne jamais reproduire ces défis en dehors d’un cadre encadré. Un avertissement qui résonne comme un aveu d’impuissance face à un phénomène devenu incontrôlable.

Source : Midi Libre XIII